Dickens

 

Dickens

Ce jour-là, le brouillard d'automne devait voiler le cadran de Big Ben, et l'heure de naissance de Frank Dickens nous demeure un mystère. Mais son ciel est tout de même assez clair pour y voir une sextuple conjonction en Sagittaire-Capricorne. Si l'on y ajoute Pluton en Cancer, ça fait beaucoup d'ultra-pardoxe ambiant. Il y aurait de l'humour britannique dans l'air que ça ne m'étonnerait pas. Avec ses personnages globaux et massifs campé d'un trait faussement ingénu, Dickens paraît apprécier les rondeurs lunaires. Il y a celle de Willy Biggelow, le bébé philosophe, mais aussi et surtout Bristow, le petit gratte-papier londonien, locataire fidèle du Charlie mensuel de la bonne époque. Londonien et gratte-papier ... tout ce qu'il faut pour en faire l'alter ego de son dessinateur ...

Sagittarien comme les Peanuts, Bristow est lui aussi le fidèle reflet de son milieu social, en l'occurence la société Chester-Perry. Avec Soleil et Lune conjoints en signe de synthèse, il y vit sa vie professionnelle avec un naturel désarmant, sans pour autant se départir d'un sens aigu de l'étiquette. Ayant fortement lunarisé sa fonction dans le sens d'une indolence bien comprise, il s'étonne qu'on pense aux congés, puisque selon lui, "travailler dans cette boîte, ce sont des vacances perpétuelles." Et il trouve très shocking qu'on puisse le réprimander pour bavardage improductif ...

Le Soleil/Sagittaire donnant la main par trigone à ses deux acolytes du r intensif, Bristow est assez fasciné par les attributs de la réussite et par les apparences qui en imposent. Il faut l'entendre imaginer avec délectation la vie luxueuse à bord du yacht de Chester-Perry, il faut le voir "sapé comme un prince" à seule fin de porter un fatal coup au cœur à la demoiselle du téléphone ... Pour remonter le moral d'un collègue, il loue sa belle écriture, et de fil en aiguille va jusqu'à prédire au calligraphe un avenir doré de PDG comblé.
"Le pouvoir des mots !" conclut-il avec un sourire complice au lecteur.

Car s'il est fasciné, il est loin d'être dupe. Son Mars conjoint à Soleil-Lune est là pour lui rappeler des réalités moins flatteuses. Quant à ses astres en Capricorne, ils relativisent le R ou plongent vers le T de Pluton, et la fonction du signe étant de réagir à la sursaturation de signaux sociaux par un détachement lucide, il ne peut guère lui rester d'illusions intactes. D'ailleurs, il verrait assez bien la façade du building s'adorner d'un "Vous qui entrez, abandonnez toute espérance". Quant à son roman concocté entre deux bavardages, s'il l'intitule "Mort vivant au département des achats", ce n'est sans doute pas tout à fait par hasard.

N'empêche qu'il donne le change comme pas un : le bulletin mondain de la maison, une fois déchiqueté en menus morceaux, n'en fait pas moins d'excellents confettis pour saluer joyeusement le prochain mariage de la petit dactylo. Et quand il expédie d'une chiquenaude un compromettant bateau en papier dans la corbeille, qui se douterait que dans son for intérieur, c'est le yacht de Chester-Perry qu'il envoie ainsi par le fonds ? Bien sûr, c'est la révolte toute platonique d'un employé prisonnier de son intégration. Mais parvenir à mêler aussi intimement, par le passe-passe de l'ultra-paradoxe, la dérision extinctive du T en Capricorne à la sociabilité conforme du R sagittarien, c'est peut-être une des formes les plus achevée de l'humour.
S'il est comme on le dit la politesse du désespoir ...