Folon

 

Folon

 

"Acteur de cinéma, ses confrères raffolent de ses jolies estampes (car il y a plusieurs modèles bien qu'on dirait toujours le même) ... Je me suis laissé dire que l'on peut trouver ses œuvres en solde dans tous les supermarchés, il existe des modèles désodorisant parfumés à la rose." Ce portrait gentiment vachard de Folon est signé Vazquez de Sola, poseur de dessins-banderilles au Canard Enchaîné, Lion jupitéro-uranien de son état zodiacal. Que vouliez-vous donc qu'il écrivît d'autre sur un pauvre petit Poissons-Vierge incurablement neptunien ?

Neptune fuit le criard et le provocant, la Vierge amenuise et modestise le trait, les Poissons ne retiennent du vaste monde que les signaux essentiels. Et dans les aquarelles de Folon, c'est toujours le même essentiel personnel qui se mire; grands vides crépusculaires nimbés d'angoisse tendre et semés d'objets nus, fragiles petits virginiens tout emmitouflés que le premier souffle emporte. Et si la restreinte panoplie de Folon exprimait pour de bon l'authenticité du monde ? Le vrai du vrai, le find fond du réel, c'est peut trois fois rien, allez donc savoir.

Mais qui saura jamais le couple Vierge-Poissons ? Deux signes muets, deux signes-sphinx repliés sur leurs énigmes. La communication claire sera le grand problème. Soleil/Poissons, simples signaux vrais, le grand œil au front du ciel. Mercure dissonant diffuse, éparpille, brouille à l'infini. Dans l'univers touffu de flèches un petit homme s'égare, hérissé de divergences, agressé de contradiction, noyé dans l'océan sans phare de la Transcendance. Neptune veut remonter vers la conscience claire et s'arrête comme toujours à mi-chemin, au niveau de la danse émue d'une main sur le papier : "On ne sait jamais ce qu'on dessine." Mais le dessin est là, il ne s'impose pas, il attend simplement le compréhensif écho d'une sensibilité amie : "Une image est un échange ... C'est une bouteille à la mer que vous confiez au hasard. Avec l'espoir immense que quelqu'un la trouve."

Bouteille brisée, parmi les scintillements du verre, quelques tessons blessants : nuages de briques, arbres de pierre, têtes médusées de se retrouver blocs de béton à tignasse d'antennes, planètes anguleuses mimant nos rouages broyeurs et nos fenêtres uniformes. Le cercle se fait rare, ce cercle "signe de l'ordre naturel des choses" selon Folon et les vieux Indiens bientôt disparus. Le voilà gangrené par le coin dur, le cube, le carré. Et Folon d'avouer entre deux dessins : "Voilà ce dont j'ai peur ..."

La peur de Folon, c'est le choc des contraires : Vierge contre Poissons, Soleil contre Lune-Neptune, culture contre nature, raison contre intuition, formel contre sensuel ... Choc dont le vivant ressort brisé, fragmenté, compartimenté, conditionné, mise en boîte de belle manière. Au grand Supermarché de la Supercherie, nos essentielles vérités n'en finissent pas de mourir. Mais au rayon jolies estampes, sur un océan d'eau de rose, quelque chose palpite encore au cœur d'une bouteille. Laissez partir un peu vos yeux à la dérive. Mine de rien, vous allez peut-être sauver le monde, comme ça, sans avoir l'air d'y toucher.