Pétillon

 

Pétillon

 

Les voyageurs pour Pétillon, en voiture ! Buster Keaton conduit la loco, Charlot croque le charbon du tender, le contrôleur Henry Miller patine dans les couloirs. Assise aux côtés d'un Hitchcock contrebassiste, la Castafiore se fait voler son collier sous un tunnel. Sherlock Holmes ne parvient qu'à empoigner un gros point d'interrogation, puis bondit aussitôt à coté cuisiner Don Quichotte et Humphrey Bogart ... Pétillon n'a rien confié sur ses appétits filmiques, mais le menu de ses premières lectures nous réserves assez peu de surprises : "Tout et n'importe quoi, de façon boulimique ... Le tout a créé dans mon esprit un brouillard complet."

Dans la moiteur propice dudit brouillard, les détails les plus incongrus bourgeonnent et prolifèrent. Neptunien extrapolateur, synthétiseur comme un fou par l'axe Sagittaire-Gémeaux, doublement associatif par ses signes solaire et ascendant, Pétillon sursature son univers de mille connivences outrancières. Il y a toujours, pour notre parodiste forcené, quelque chose qui lui rappelle quelque chose, et il trouvera sans mal une bonne raison - une bonne déraison , plutôt - pour greffer de pittoresques rameaux adventices à la luxuriance déjà touffue d'une intrigue ou d'un dessin.

Personnages flous, histoires qui se croisent et délire autour d'un thème reconnu, voilà, selon ses propres dires, trois mamelles essentielles de Pétillon. Continuité entravée d'un niveau R instable, traduirons-nous avec la concision technique de rigueur. Confirmant le diagnostic, un gros Jupiter dérape sur de non moins grosses peaux de bananes saturno-neptuniennes, tandis que, perturbée par Mercure, par l'ultra-paradoxe et par les infinies virtualités lunaires, la malheureuse opposition Soleil-Uranus ne sait plus où donner de la tête. L'information claire joue à cache-cache, les référentiels pirouettent, l'histoire n'est plus celle que vous croyez, et d'ailleurs y en a-t-il encore une ? Les escaliers secrets sont signalés par de vastes pancartes, mais quand on annonce au détective Palmer un appel téléphonique le concernant, s'il s'enquiert de l'identité du correspondant, on lui répond : "Je ne sais pas, je n'ai pas décroché."

Difficile, dans ces conditions, d'être manichéen, même si l'on est le metteur en scène d'une bande classée à gauche comme LE BARON NOIR : "Chaque personnage a différentes facettes ... devient ambigu dans ses interrogations ... Ce n'est pas une bande qui affiche une idéologie précise." De Disneyland aux ânes de Francis Jammes, en passant par Babar l'éléphant, l'assimilation animalière est décidément un grand dada du Sagittaire, et Pétillon nous le confirme à son tour : peuple moutonnier, Parti Crocodile et rapace exploiteur jouent la comédie jupitérienne et les empoignades martiennes qui s'ensuivent sous l'œil décortiquant de l'auteur, perché tout là-haut sur Saturne-Pluton. Après avoir disloqué le récit dans les aventures de Palmer, l'incorrigible saboteur de R entreprend ici de démonter rouage après rouage, tout en la lutinant, la machinerie sociale du joli temps présent. Très rigolos, ces petits chatouillis quotidiens. Mais rira bien qui rira le dernier, comme on dit du côté du long terme ...