Schulz

 

Schulz

Avec leur associativité galopante, les Sagittaires n'ont pas leur pareil pour exporter au loin la bonne parole et la bonne culture de leur mirobolant milieu d'origine. Témoin tonton Walt Disney et ses vaillants petits Mickeys, lénifiants colonisateurs des peuples enfantins des cinq continents. Son compatriote et frère zodiacal Schulz, lui aussi n'a pas trop mal réussi sa conquête du monde. Les PEANUTS, publiés par 1600 journaux, traduits en 20 langues, lus par 100 millions de lecteurs, s'affichent sur T-shirts, papiers à lettres, bicyclettes, posters ou pyjamas, rapportent annuellement à leur avisé papa la bagatelle de 150 millions de dollars. Pour couronner le tout, en 1969, il revint au vaisseau spatial "Charlie Brown" et au module "Snoopy" l'honneur d'être les premiers ambassadeurs de l'homo américanus auprès de notre sœur lunaire.

Il est bien tentant, devant le thème de Schulz, de partir à la pêche de ses multiples personnages. Pas trop de mal pour capturer Lucy et son aplomb phénoménal : la conjonction Lune-Uranus au trigone de Jupiter ... Pour Snoopy - personnage préféré de Schulz - la conjonction en Sagittaire dissonée par les mêmes Lune-Uranus fait excellemment l'affaire. Ce chien mâtiné d'humain, écartelé entre son adaptation aux normes les plus mondaines et ses rêves flamboyants de prestigieuses épopées, a tout du Sagittaire hypercivilisé titillé par la paranoïa de son inertie d'excitation.

Pour expliquer Charlie Brown, timide et solitaire, l'éternel perdant dont "les angoisses ont des angoisses", je serai tenté de supposer une valorisation par l'heure du signe du Cancer et du large carré Saturne-Pluton. De fait, le monde des PEANUTS dans son ensemble a tout d'un avatar cancérien du macrocosme sagittarien. Le monde adulte avec toute sa culture, avec sa subtile panoplie de politesses raffinées et de vacheries savamment distillées, tourbillonnant mélange de plats conformistes et d'idéaux prométhéens, se réduit à un dérisoire univers enfantin se suffisant à lui-même, replié sur ses fantasmes, ses attentes vaines et ses rites sécurisants.

Sagittaire à coup sûr, Cancer assez probable, Schulz incarne en tout cas une particularité ambiguë bien digne de la phase ultra-paradoxale, et que nous avons déjà relevée chez Morris dans le numéro précédent. Comme l'a souligné plus d'un commentateur, son œuvre hautement sociologique est aussi bien une satire de l"american way of life" que son approbation, selon la couleur politique du lecteur ou son humeur du moment. Quel qu'en soit le degré, de toute manière, l'humour est fidèle au rendez-vous.

 

Schuls 2